UNKLE – "HEAVEN" / INTERCHANGEABILITÉ DES MUSIQUES ET DES IMAGES

Le collectif UNKLE mené par James Lavelle (responsable du label londonien Mo'Wax) a sorti en 2008 un album rassemblant des morceaux composés pour servir de bandes sonores à divers films.   UNKLE – "HEAVEN" (Spike Jonze, 03/09) / Télécharger la vidéo en MOV

 

Réalisateur de films, (Being John Malkovich en 1999, Adaptation en 2002 et Where The Wild Things Are en 2009), de publicités (Gap, Levis, Ikea, …) et de clips (pour les Beastie Boys, Daft Punk, FatBoy Slim, Yeah Yeah Yeahs, …), producteur  à la télévision (Jackass), rédacteur dans des revues (Grand Royal Magazine, Dirt Magazine, …), photographe, etc, Spike Jonze possède plusieurs casquettes. Si au vu de ces multiples activités sa passion pour le BMX et le skateboard peut paraître anecdotique, il a cependant réalisé nombre de courts-métrages autour de la planche à roulette et de notables vidéos faisant la promotion de marques par le biais de ce sport (dont Yeah Right! en 2003, co-réalisé avec Ty Evans pour Girl Skateboards). De la même manière, il a co-écrit How They Get There avec Mark Gonzales, court-métrage dans lequel ce pionnier du skateboard joue.   La vidéo est clairement composée de deux parties, la première étant progressive et plutôt narrative afin d'exposer les lieux et les personnages, la deuxième étant plus composée de scènes non articulées entre elles et insistant plus sur les caractéristiques plastiques des diverses explosions.   Les premières dizaines de secondes du clip servent donc à présenter les protagonistes : de jeunes gens quasi immobiles, presque en train de poser. Puis par palier ils s'activent, se déplacent, mais il faut attendre encore pour les voir utiliser leur planche, et toute figure acrobatique est systématiquement coupée par le montage. Une certaine frustration peut naître alors chez le spectateur de par le manque d'action associé à la lenteur des images. Il faut attendre 2 minutes 40 pour atteindre la seconde partie avec ce qui constitue le premier événement spectaculaire de la vidéo : la traversée (et l'explosion) d'un mur par un skater. Dès lors et durant plus de 4 minutes, les divers éléments du décors en béton vont progressivement partir en explosions, en flammes et en fumées, que des étincelles se produisent ou que le souffle soit provoqué par du napalm comme sur l'une des cascades. Bien que la narration paraisse moindre, la notion de suspens est néanmoins très présente dans la seconde partie. On ne peut ainsi s'empêcher de s'inquiéter pour le skater lorsqu'apparaît à la gauche du cadre un mur vraisemblablement solide. De la même façon, la dissimulation d'un des protagoniste sous un épais nuage de fumée nous inquiète, surtout quand seule sa planche sort de ce nuage et qu'un autre homme arrive pour apparemment lui porter secours. Le spectateur sait dès le départ que la pratique de ce sport comporte certains risques, et les explosions augmentent l'attention qu'il porte à ces scènes de cascade. Tout a été fait ici pour que les déflagrations explosent à nos yeux, pour que nous nous rendions compte des dangers tout en admirant à la fois les prouesses techniques des skaters mais également la beauté des images. Bien évidement le fait de filmer ses scènes sous plusieurs angles avec des caméras permettant de filmer à 100 images secondes afin d'obtenir d'impressionnant ralentis y contribue.   Comme il a été expliqué plus haut, le morceau Heaven a été écrit pour un précédant film, à savoir le documentaire Fully Flared sorti en 2007, commandé par la marque de chaussures Lakai avec pour thème le skateboard et réalisé par Spike Jonze (ainsi que Ty Evans et Cory Weincheque). Afin de boucler la boucle, les images de la seconde partie du clip d'UNKLE avaient déjà été utilisées comme générique de début de Fully Flared, mais avec un montage légèrement différent et sur le morceau Lower Your Eyelids to Die With the Sun de M83. Le morceau Heaven accompagnant quand à lui le générique de fin. GÉNÉRIQUE D'OUVERTURE DE "FULLY FLARED" En comparant ces deux vidéos, l'importance de la première partie du clip apparaît plus évidente, et ce bien que le générique de Fully Flared puisse probablement s'en passer. Spike Jonze a donc fait deux productions à la fois proches et totalement distinctes de par leurs destinations, et s'il n'est crédité en solitaire que sur le clip c'est probablement parce qu'il dirigeait seul les scènes spectaculaires de Fully Flared.   Pour être au plus complet, il faut préciser que Heaven a en premier lieu été utilisé en 2005 par Alex Grazioli pour son documentaire sur Abel Ferrara Odyssey in Rome. Le morceau accompagnait déjà le générique d'ouverture, UNKLE ayant réalisé la bande originale du film. Là encore, il y a par moments des variations sur le rythme de défilement des images, comme si tout le poids et toute la force de cette musique imposait cela pour pouvoir y associer une vidéo.