THE STROKES – "THE END HAS NO END" / MISE EN BOUCLE D’UN IMAGINAIRE VIDÉOGRAPHIQUE

Le dimanche 29 mars le magasine économique de M6 Capital fêtait son quinzième anniversaire. Dans ce numéro composé essentiellement d'images d'archives sont retracés les grands changements économiques et sociaux depuis 1994. L'un de ces reportages est intitulé "Téléphone, écrans, Internet : ces innovations qui ont changé notre vie", et il débute et finit par "The End has No End" des américains The Strokes. m6-replay (Choisir le deuxième chapitre : "Révolution technologique". Le reportage est visible pendant deux semaines.)   La présence de ce morceau peut être considérée comme un élément banal de l'illustration sonore du reportage, tels que d'autres sont utilisés au cours de ce numéro de Capital mais aussi telle que M6 peut en proposer dans nombre de ses émissions. En mêlant des images inconnues avec des musiques connues, le monteur du reportage peut nous renvoyer également vers les souvenirs et les images que nous associons déjà au morceau, par exemple au clip réalisé pour ce titre par Sophie Muller. THE STROKES – "THE END HAS NO END" (Sophie Muller, Oil Factory, 09/2004) La piste du clip n'est pourtant pas la bonne car rien ne semble le lier au reportage, malgré ses trois références au passé : des allusions à 2001 : L'Odyssée de L'espace (Stanley Kubrick, 1968), la pochette de l'album (No Pussyfooting) de Robert Fripp et Brian Eno (1973), et le traditionnel bal de fin d'étude (ici en 1988). En fait, le montage du reportage nous renvoie à une publicité pour EDF, antérieure au clip de quelques mois. EDF (Frédéric Planchon, Euro RSCG C&O, 04/2004) La comparaison entre le reportage de Capital et la publicité est alors évidente : les deux histoires qui nous sont racontées décrivent les avancées technologiques et les changements d'usages qui ont accompagné notre quotidien ces dernières années. La publicité pour EDF montre avec une certaine virtuosité (et en s'appuyant sur ce qu'il faut de mauvaise foi publicitaire) la diversité des applications possibles de l'électricité : -l'échographie, -le Polaroïd, -le chauffe-biberon, -le transistor, -le mixer bâton, -le réfrigérateur, -le fer à repasser, -le téléviseur couleur, -l'aspirateur, -le mange-disque, -l'éclairage domestique, -le grille-pain, -l'éclairage au néon, -le ventilateur, -la machine à laver portable, -le projecteur de diapositives, -le circuit de petites voitures électriques, -la guirlande électrique, -le jeu vidéo, -la lampe à magma, -le spot de lumière, -la platine vinyle, -la guitare électrique et son amplificateur, -la tondeuse capillaire, -le TGV, -l'ampoule, -la perceuse, -la plaque chauffante, -le chauffage d'appoint, -la calculatrice, -le lavomatic, -la coordination des transports en commun, -le minitel, -le radio-réveil, -le métro, -l'escalier mécanique, -l'ascenseur, -l'ordinateur, -l'imprimante, … Par la suite d'autres objets fruits de l'évolution de ceux précédemment cités apparaissent, faisant un parallèle entre la vie de ces innovations et celle du protagoniste filmé de sa naissance (avec l'échographie effectuée sur sa mère) à celle à venir de son propre enfant.   Le reportage de Capital montre lui les objets suivants : -une télévision couleur, -un sapin (sans guirlande électrique), -un minitel, -une cabine téléphonique, -un téléphone portable, -un ordinateur de bureau, -un panneau lumineux (mais pas celui d'un aéroport), -un ordinateur portable, -un iPhone.   La publicité et le reportage jouent ainsi tous les deux sur le registre du nostalgique technologique avec une teinte d'image rappelant celle des films en Super 8, et nous rappelant au passage que les marques dont ils font la promotion (EDF et Capital) font partie intégrante de notre quotidien. Ce rapport au passé n'est pas vraiment présent dans les paroles de la chanson, mais plutôt du côté de la musique… En effet The Strokes revendique les influences de The Ramones ou de Television, altérant volontairement la qualité des prises lors des enregistrements et recherchant ainsi un son de plus de trente ans d'âge. De plus, les deux vidéos ont un effet de boucle : alors que la publicité commence et termine sur des scènes d'échographie (renvoyant immanquablement à l'idée de renaissance), le reportage débute (de 26'43 à 27'58) et fini (de 43'04 à 43'42) sur cette chanson dans laquelle les notions de boucle et d'éternel recommencement sont intégrés au titre même : "the end has no end".   Le monteur de cette séquence s'appuie donc sur une publicité. Cet écho sur une autre marque est comparable aux liens établis lors d'une précédente chronique entre les vidéos "House Party" de Sky1 et Adidas. Ici pourtant l'association entre deux chronologies des innovations technologiques n'est pas des plus efficaces tant il est autorisé de douter que la majorité des spectateurs de Capital ferra le lien avec la publicité pour EDF. Il est donc possible d'y voir un simple clin d'œil aux fans de The Strokes et des publicités pour EDF.